Llettre adressée par Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère, à M. Pascal Mailhos, préfet du département.
« Je vous informe qu’il m’est impossible d’y répondre favorablement. D’abord parce que, comme vous le savez, mon mandat parlementaire me conduit, comme tous mes collègues en principe, à être présent à l’Assemblée nationale chaque mardi. Ensuite et surtout parce que, sur le fond, la démarche initiée par le Gouvernement en la matière me semble pour le moins suspecte à bien des égards.
Mes réserves sont d’abord d’ordre méthodologique. Je considère qu’il n’appartient pas à un Etat, quel qu’il soit, d’arrêter ce que devrait être, ou ce que ne devrait pas être l’identité de ses ressortissants. Celle-ci est par essence une réalité mouvante, évolutive, subjective, touchant à l’histoire personnelle de chaque être humain, aux rencontres qu’il a pu faire, aux événements qui ont pu marquer son existence.
Dès lors, l’élaboration d’une définition officielle applicable à chacun me semble au mieux une ineptie intellectuelle, au pire un vecteur d’intolérance. Une ineptie intellectuelle car une telle initiative revient à nier en dépit du plus élémentaire bon sens l’autonomie croissante de la société civile et de l’individu par rapport aux pouvoirs politiques et administratifs. Un vecteur d’intolérance car en enfermant le sentiment d’appartenance dans une définition quasi-sacralisée imposée du sommet, on se résout inéluctablement à laisser sur le bord du chemin tous ceux qui ne se reconnaissent pas en elle ou qui sont incapables de s’y conformer.
Je nourris à cet égard les pires craintes quant à la manière dont ce malheureux débat s’engage. Le lien consubstantiel artificiellement créé par ses promoteurs entre identité nationale et immigration revient ainsi à mon sens à laisser accroire de façon insidieuse que l’étranger représente le problème, que sa prétendue incapacité à s’intégrer ou à s’assimiler constitue la cause de tous nos maux.
Une telle présentation, outre qu’elle est erronée, me semble terriblement maladroite, voire dangereuse car susceptible d’alimenter cette vieille tentation xénophobe dont notre pays, hélas, a toujours tant de mal à se prémunir.
Je dois dire que j’ai par ailleurs été passablement interloqué par la teneur du « mot » que Monsieur Eric Besson a diffusé sur le site Internet dédié à cette campagne : « (…) Les dérives du nationalisme, le développement de nouvelles formes de communautarisme et de régionalisme, la construction progressive d’une identité européenne, et la mondialisation accélérée des échanges apparaissent à certains comme susceptibles de remettre en cause l’idée même de Nation. »
Un tel passage ne me paraît que trop révélateur de la méthode qui prévaut dans l’organisation de ce débat, – une méthode fondée sur la confusion des genres – communautarisme et régionalisme, nationalisme et construction européenne… – et peut-être même sur une sorte de stigmatisation larvée de tout ce qui ne serait pas purement national.
On peut être à la fois immigré d’origine malienne, breton, français, européen, citoyen du monde et autre chose encore, et personne ne devrait avoir à choisir entre ces diverses appartenances qui, loin de menacer notre République, l’enrichissent. Telle est pour ma part ma conception de l’identité, et n’ayant aucune envie de l’adapter aux critères d’une quelconque définition officielle, vous me permettrez de rester à l’écart d’un débat dont je n’attends rien de positif et qui me fait redouter le pire. »Je vous informe qu’il m’est impossible d’y répondre favorablement. D’abord parce que, comme vous le savez, mon mandat parlementaire me conduit, comme tous mes collègues en principe, à être présent à l’Assemblée nationale chaque mardi. Ensuite et surtout parce que, sur le fond, la démarche initiée par le Gouvernement en la matière me semble pour le moins suspecte à bien des égards.
Mes réserves sont d’abord d’ordre méthodologique. Je considère qu’il n’appartient pas à un Etat, quel qu’il soit, d’arrêter ce que devrait être, ou ce que ne devrait pas être l’identité de ses ressortissants. Celle-ci est par essence une réalité mouvante, évolutive, subjective, touchant à l’histoire personnelle de chaque être humain, aux rencontres qu’il a pu faire, aux événements qui ont pu marquer son existence.
Dès lors, l’élaboration d’une définition officielle applicable à chacun me semble au mieux une ineptie intellectuelle, au pire un vecteur d’intolérance. Une ineptie intellectuelle car une telle initiative revient à nier en dépit du plus élémentaire bon sens l’autonomie croissante de la société civile et de l’individu par rapport aux pouvoirs politiques et administratifs. Un vecteur d’intolérance car en enfermant le sentiment d’appartenance dans une définition quasi-sacralisée imposée du sommet, on se résout inéluctablement à laisser sur le bord du chemin tous ceux qui ne se reconnaissent pas en elle ou qui sont incapables de s’y conformer.
Je nourris à cet égard les pires craintes quant à la manière dont ce malheureux débat s’engage. Le lien consubstantiel artificiellement créé par ses promoteurs entre identité nationale et immigration revient ainsi à mon sens à laisser accroire de façon insidieuse que l’étranger représente le problème, que sa prétendue incapacité à s’intégrer ou à s’assimiler constitue la cause de tous nos maux.
Une telle présentation, outre qu’elle est erronée, me semble terriblement maladroite, voire dangereuse car susceptible d’alimenter cette vieille tentation xénophobe dont notre pays, hélas, a toujours tant de mal à se prémunir.
Je dois dire que j’ai par ailleurs été passablement interloqué par la teneur du « mot » que Monsieur Eric Besson a diffusé sur le site Internet dédié à cette campagne : « (…) Les dérives du nationalisme, le développement de nouvelles formes de communautarisme et de régionalisme, la construction progressive d’une identité européenne, et la mondialisation accélérée des échanges apparaissent à certains comme susceptibles de remettre en cause l’idée même de Nation. »
Un tel passage ne me paraît que trop révélateur de la méthode qui prévaut dans l’organisation de ce débat, – une méthode fondée sur la confusion des genres – communautarisme et régionalisme, nationalisme et construction européenne… – et peut-être même sur une sorte de stigmatisation larvée de tout ce qui ne serait pas purement national.
On peut être à la fois immigré d’origine malienne, breton, français, européen, citoyen du monde et autre chose encore, et personne ne devrait avoir à choisir entre ces diverses appartenances qui, loin de menacer notre République, l’enrichissent. Telle est pour ma part ma conception de l’identité, et n’ayant aucune envie de l’adapter aux critères d’une quelconque définition officielle, vous me permettrez de rester à l’écart d’un débat dont je n’attends rien de positif et qui me fait redouter le pire. »































